Perverted crowdsourcing!

La belle affaire

Le crowdsourcing, c’est l’utilisation de la masse des internautes au profit d’un projet (scientifique, artistique…) pour la réussite duquel le nombre de contributeurs offre une solution inédite. Énoncé comme ça, le procédé est séduisant, carrément formidable quand, avec Stardust@home, la NASA sollicite le public pour chercher des impacts de poussière spatiale dans un bloc d’aérogel à l’aide d’un microscope virtuel ou quand les internautes sont invités à collaborer à la classification de plus d’un million de galaxies à partir d’images fournies par le programme Sloan Digital Sky Survey (projet Galaxy Zoo)… Le fameux Wikipedia, fantastique base de données (quoiqu’on en dise), est également le produit d’une initiative de crowdsourcing.

La bonne affaire

Quand certaines agences en ligne proposent une identité visuelle pour quelques centaines d’euros à choisir parmi plusieurs centaines de propositions réalisées à partir d’un brief succinct, on entre dans une autre catégorie où prospèrent ceux qui ont flairé la bonne affaire.

L’intérêt majeur du crowdsourcing – la synergie des compétences – est dans ce cas nié au profit d’une concurrence malsaine où le nombre ne sert que la quantité…

Quant au choix final, sur quels critères se fait-il quand le client est confronté à plus d’une centaine de propositions ?

Une affaire de sens

Dans ce contexte, le logo est réduit à une image, agréable, flatteuse mais vide de sens, étrangère aux problématiques qui fondent l’acte créatif : sans un brief approfondi, le temps d’une vraie enquête de secteur avec benchmark, d’une réflexion ponctuée de brainstormings enrichissants, comment tenir compte du positionnement de la marque, des valeurs de l’entreprise, de sa personnalité ? Comment savoir si l’identité proposée sera différenciatrice dans son secteur, si elle s’inscrit dans la stratégie d’image de l’entreprise, si elle y est fédératrice ?

Tout ce que j’ai transmis à mes élèves de 4è année d’une école d’art parisienne pour aborder au mieux les phases créatives serait-il un tissu de balivernes ?

Faire des affaires ?

Comment imaginer qu’un graphiste s’investisse (vraiment) dans une telle consultation, sachant qu’il a environ une chance sur 100 d’être retenu, quelles que soient la qualité et la pertinence de son travail et, s’il l’est, il ne touchera que 10 % de ce à quoi il aurait pu prétendre dans une vraie relation prestataire/client. Nul doute que ceux qui persisteront à participer à de telles joutes, finiront par plagier ou « recycler ».

Et puis, une fois le logo choisi, quid de la charte graphique sans laquelle l’identité n’est qu’un « avion sans ailes » ?

Au titre des ratages célèbres, dans l’utilisation sauvage du crowdsourcing, citons la tentative de McDonald’s pour la création du «prochain hamburger». Au final, le sandwich qui a reçu le plus de suffrages fut le « UMadBro » (traduire par « tu rages, mon pote ») : un sandwich fait de pain et… de pain. Le concours s’était vite transformé en blague de potache…

Dans un autre registre, quand la société Hasbro décide d’éditer une version « France » du célèbre  Monopoly, elle fait appel au crowdsourcing pour désigner les villes qui devront remplacer la « rue de la Paix ». Et le gagnant est… La Ville de Montcuq. L’éditeur avait eu le malheur de prévoir, dans la liste des 44 villes proposées, une case « joker ». Non seulement Hasbro n’a pas eu de réponse (valable) à sa question mais la société s’est discréditée en ne respectant pas les clauses du contrat. Là encore, on avait minimisé les « trolls ».

Ni fait ni à faire…

Au final, tout le monde a l’illusion d’être content, un peu comme au tir forain où l’on repart avec une énorme peluche tape-à-l’œil qui vaut moins que l’argent investi dans les 3 plombs mis à la disposition du tireur.

L’illusion retombe quand il est question de trouver un emplacement pour l’encombrant crocodile vert fluo… Dans ce business, le seul qui tire son épingle du jeu c’est l’intermédiaire. En tous cas, à terme, les conséquences sont désastreuses pour toute une profession dont le travail créatif risque d’être durablement dévalorisé.

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